Une tendance apparait chez certains coachs : ne donner des recommandations ou pratique que si des études scientifiques montre leur efficacité. Cette approche est devenue un critère incontournable pour beaucoup. C'est appelé (à tort) le coaching basé sur la preuve (evidence-based coaching).
J’ai personnellement toujours privilégié le coaching basé sur la preuve. Mais la preuve, ça va bien au-delà des seules études scientifiques. Essayons de comprendre les différents niveaux de preuve.
L'étude scientifique
Il y a étude et étude. Pour être considérée comme une étude scientifique, il faut répondre à certains critères. Typiquement, cela implique l’existence d’un groupe témoin — un groupe qui ne reçoit pas l’intervention étudiée — et d’un groupe expérimental sur lequel on applique un protocole. Pendant une durée déterminée, on suit l’évolution de plusieurs indicateurs mesurables afin d’évaluer si l’intervention a un effet réel, qu'il soit positif ou négatif.
Cette démarche expérimentale permet de tester les hypothèses et éventuellement de comprendre les mécanismes sous-jacents à un phénomène.
Ce qui fait la force des études scientifiques, c'est le contrôle des variables, mais aussi la reproductivité. Sans cela, il est difficile de tirer des conclusions solides. Une étude scientifique digne de ce nom doit en effet être renouvelable. Il faut pouvoir reproduire le protocole dans des conditions similaires et obtenir les mêmes résultats. Cette reproductibilité renforce la validité des conclusions.
La rigueur des études scientifiques en font un pilier du coaching basée sur la preuve.
Les méta-analyses : au delà de l'étude
Au-dessus des études individuelles, il y a les méta-analyses. Elles synthétisent les résultats de nombreuses études différentes. Elles permettent d’obtenir des conclusions plus robustes et plus générales en tenant compte de la diversité des protocoles et des populations étudiées.
Dans le domaine de la nutrition ou de la forme, les méta-analyses sont souvent considérées comme le niveau de preuve ultime.
Les limites des études dans le domaine de la forme
Malgré leur importance, les études scientifiques ont des limites, particulièrement dans le domaine de la forme et de l’entraînement. Contrairement à la médecine, où les essais cliniques passent par plusieurs phases rigoureuses et longues, avec des études en double aveugle, les études sur l’entraînement ou la nutrition sont souvent plus courtes et moins contrôlées.
La complexité des variables
Le corps humain est un système complexe, influencé par un nombre infini de variables : génétique, mode de vie, alimentation, sommeil, stress, et bien plus encore. Dans une étude, il est difficile, voire impossible, de contrôler parfaitement toutes ces variables.
Beaucoup d'études suivent des paramètres sur un mode déclaratif. Cela rend encore plus difficile le contrôle de ces paramètres, et cela impacte forcément la validité des conclusions.
La variété des résultats individuels
Les résultats affichés sont souvent des moyennes, qui cachent des disparités importantes entre individus.
Par exemple, dans une étude, certains participants peuvent être des « super-répondants » qui montrent des progrès spectaculaires, tandis que d’autres ne réagissent pas du tout, voire voient leurs performances diminuer. La moyenne peut masquer ces différences et donner une impression trompeuse d’efficacité universelle.
Certes, une bonne étude montre l'ensemble des résultats, les résultats, les variances. Mais quand l'étude est commentée pour la population générale, on a tendance à ne plus voir que cette moyenne !
La durée d'intervention
Un autre point très limitant est la durée d'intervention. Beaucoup d'études sont limitées à des observations de 6 ou 8 semaines. On a donc des résultats à court terme.
Qu'en est-il de la durabilité de ces résultats ?
C'est là qu'intervient l'expérience.
Le piège de l’interprétation
Un autre problème majeur est l’interprétation des résultats. Beaucoup de personnes, même dans le milieu du coaching, ont du mal à lire et comprendre une étude scientifique. Cela demande une culture scientifique solide et une rigueur d’analyse. Sans cela, on peut facilement tirer des conclusions erronées ou exagérées.
Un exemple célèbre est l’étude de l’Institut Nijmeggen sur la méthode Wim Hof, qui démontrait la capacité à influencer volontairement le système nerveux autonome, généralement considéré comme inconscient.
Beaucoup ont interprété cette étude comme une preuve que la méthode permettait de renforcer le système immunitaire et donc de mieux résister aux infections. C'est une extrapolation abusive.
En réalité, l’étude montrait simplement qu’avec un entraînement minimal, d'à peine quelques jours, on pouvait avec la méthode influencer le système nerveux autonome. Cela ouvrait la voie à des applications médicales potentielles , mais ne prédisait absolument pas un système immunitaire renforcé !
Rajoutons à cela qu'il y avait de quoi se poser beaucoup de questions au vu des résultats, notamment en ce qui concerne les niveaux très élevés du pH sanguin de certains participants, et les niveaux très élevés de désaturation en oxygène (ce qui sera discuté dans un prochain article).
Un autre exemple : l’étude Tabata
Un autre exemple d'interprétation un peu rapide est la célèbre étude de Tabata. Le protocole de l'étude est souvent cité comme un modèle d’entraînement efficace, combinant 20 secondes d’effort intense suivies de 10 secondes de récupération, répétés plusieurs fois.
Cette étude montrait, en effet, que ce protocole améliorait à la fois la capacité aérobie et anaérobie des participants.
A partir de là, beaucoup se sont mis à appliquer le protocole Tabata sans tenir compte du contexte initial ni des limites du protocole.
Le premier point important est que les participants étaient déjà des sportifs de haut niveau.
Ensuite, ils avaient tous un bon niveau aérobie pour commencer.
Enfin, si on comprend un peu les filières énergétiques, on sait que ce type d’entraînement, très glycolytique, entraîne des progrès rapides. Mais aussi que ces progrès sont vite limités et pas forcément durables.
C'est un protocole qui n'est pas applicable pour des débutants, et qui n'est pas durable. Il doit être planifié intelligemment dans un programme d'entraînement plus large.
Pour cela, il faut évidemment être en mesure de lire et analyser l'étude.
L’expérience : une preuve complémentaire et essentielle
On voit déjà que les études, pour importantes qu'elles soient, ont beaucoup de limites.
Si les études scientifiques sont un outil précieux, elles ne sont pas la seule source de preuve. L’expérience, accumulée par des coachs, des entraîneurs et des pratiquants, constitue une autre forme de preuve. Cette expérience repose sur l’observation des résultats obtenus dans la vie réelle, sans les contraintes d’un protocole rigide.
Quand un protocole fonctionne sur un grand nombre de personnes dans leur contexte quotidien, cela constitue une preuve solide de son efficacité. Certes, ce n’est pas une preuve absolue comme une étude scientifique, car il manque souvent un groupe témoin et un contrôle strict des variables. Mais cette preuve d’expérience est précieuse, car elle reflète la complexité et la diversité du terrain.
Et cette expérience permet aussi de contrebalancer les limites des études : variabilité des résultats selon les individus, contexte de l'étude, durée d'intervention, durabilité des résultats.
Mon expérience personnelle
Pour illustrer ce propos, je peux citer mon propre parcours avec le protocole Kettlebell Axe de Pavel Tsatsouline, que j’ai alterné avec le protocole Quick and the Dead.
J’ai observé des résultats notables, non seulement chez moi, mais aussi chez plusieurs de mes élèves. Ce n’est pas une preuve scientifique au sens strict, mais c’est une preuve basée sur des résultats individuels concrets et répétés dans le temps.
Pour valider scientifiquement ces protocoles, il faudrait mener des études rigoureuses avec groupes témoins. C'est en pratique compliqué. Et qui accepterait d'être dans le groupe témoin qui ne pratique pas ?
C'est d'ailleurs une des différences des études dans le domaine de la forme et la nutrition avec les études médicales : on ne peut pas en pratique avoir des études en double aveugle. Quand on teste un médicament, ni le patient, ni le médecin ne savent qui est dans le groupe témoin et qui est dans le groupe d'intervention. Difficile da faire la même chose pour une étude sur l'efficacité d'un protocole sportif !
Le coaching basé sur la preuve : une approche globale
Le véritable principe de l’evidence-based coaching, ou coaching basé sur la preuve, ne consiste pas à se limiter aux seules études scientifiques. Il s’agit d’intégrer un large spectre de preuves : méta-analyses, études scientifiques rigoureuses, expériences vécues, et surtout l'observation accumulée par de nombreux coachs et professionnels expérimentés.
Cette approche globale permet de mieux comprendre ce qui fonctionne réellement, dans quelles conditions, pour qui et pourquoi. Elle évite les dogmes, les raccourcis et les erreurs d’interprétation.
Sans surprise, c'est ce que nous appliquons au sein de Vitis Fit !
Pourquoi cette approche est-elle essentielle ?
- Prendre en compte la complexité humaine : Chaque personne est différente, et une méthode efficace pour l’un ne l’est pas forcément pour l’autre.
- Éviter les erreurs d’interprétation : Une lecture critique des études permet d’éviter les généralisations abusives.
- Valoriser l’expérience pratique : Les résultats sur le terrain sont au final ce qui compte vraiment.
- Promouvoir une forme durable : Au-delà des résultats rapides, il faut chercher ce qui fonctionne sur le long terme.
Bonus : comment lire et comprendre une étude scientifique ?
Comprendre une étude scientifique n’est pas une tâche triviale. Cela demande un minimum de culture scientifique et une certaine méthodologie :
- Analyser le protocole : Qui a été étudié ? Combien de temps ? Quelles méthodes ?
- Vérifier les variables contrôlées : Quelles sont les conditions expérimentales ?
- Regarder les résultats : Quelle est la moyenne, mais aussi la variabilité ?
- Évaluer les conclusions : Sont-elles justifiées par les résultats ? Ne sont-elles pas trop généralisées ?
- Consulter les méta-analyses : Pour avoir une vision plus large et consolidée.
Sans cette rigueur, les risques d’interprétation erronée sont importants, ce qui peut induire en erreur tant les coachs que les pratiquants.
J’évoquais précédemment l’étude sur la méthode Wim Hof et celle de Tabata, deux exemples emblématiques où les conclusions ont été mal comprises. Ces erreurs ont conduit à des applications inappropriées, voire dangereuses.
Dans le cas de la méthode Wim Hof, la surinterprétation a fait croire que cette méthode pouvait guérir toutes sortes de maux, alors que l’étude ne faisait que démontrer une capacité à influencer le système autonome avec un entraînement minimal. Cela peut créer des attentes irréalistes et détourner les gens d’approches médicales validées.
Pour l’étude Tabata, la méconnaissance du contexte a poussé des personnes non préparées à suivre un protocole très intense, menant à des blessures ou à une stagnation des progrès. Cela montre combien il est crucial de comprendre les limites et le cadre d’une étude avant de l’appliquer.
Études et expérience
Pour moi, la clé réside dans la complémentarité entre la science et l’expérience pratique. Les scientifiques ont les outils et les méthodes pour tester rigoureusement des hypothèses, comprendre les mécanismes biologiques et valider des protocoles. Les entraîneurs, quant à eux, accumulent une richesse d’expérience concrète, de cas réels et d’adaptations personnalisées.
En combinant ces deux approches, on peut avancer vers un entrainement plus efficace, plus sûr et plus adaptée aux spécificités individuelles.
