Le monde du fitness et de la nutrition est obsédé par le comptage des calories. De nombreux coachs bien intentionnés expliquent que c'est la première chose à faire pour être sur de bien doser et donc de contrôler parfaitement son poids et sa composition corporelle.
Mais si tu es, comme moi, une personne normale, c'est inutile. Et en. plus, ça ne fonctionne pas.

Pourquoi compter les calories ?

L'obsession du comptage des calories est basée sur une réalité : la variation du poids est une conséquence de la balance énergétique. On a beau raconter ce qu'on veut sur les hormones, l'insuline, ou le dernier modèle sophistiqué à la mode, le corps obéit à la première loi de la thermodynamique. Si tu consommes plus d'énergie que tu n'en dépenses, tu vas stocker (généralement sous forme de graisse). Si tu dépenses plus que tu ne consommes, tu vas perdre du poids.

C’est une loi physique simple, issue des principes de la thermodynamique, qui s’applique aussi bien au corps humain qu’aux autres systèmes énergétiques.

Cela se résume très simplement :

  • Calories entrantes = calories consommées via la nourriture et les boissons
  • Calories sortantes = calories dépensées par le métabolisme de base, l’activité physique, la digestion, etc.
  • Balance énergétique = calories entrantes - calories sortantes

À première vue, il semble logique que pour contrôler son poids, il faut connaître précisément ces deux valeurs et ajuster son alimentation et son activité en conséquence. C’est ce que de nombreux coachs et gourous du fitness recommandent.

Et effectivement, chez les athlètes de haut niveau, le comptage des calories est une pratique souvent nécessaire, tout au moins pour une période limitée.

Ils ont des objectifs très précis, des compétitions à préparer, et souvent une équipe de nutritionnistes, médecins, et coachs pour les accompagner dans cette démarche rigoureuse. Pour eux, le comptage des calories peut être un outil pertinent et utile.

Nous ne sommes pas des athlètes de haut niveau

Le problème, c'est quand on généralise cette approche.

Pour la majorité d'entre nous, compter les calories est non seulement inutile, mais peut même être contre-productif. Il y a en effet plusieurs problèmes.

Le comptage des calories entrantes

Quand tu cherches la valeur calorique d’un aliment, tu trouveras des chiffres très variables selon les sources. Par exemple, si je cherche les calories d'une pomme, je trouve rapidement deux valeurs extrêmes (52 et 72 calories) et tout un tas de valeurs entre les deux. Pas terrible pour la précision

Cette variabilité a plusieurs explications. Déjà, on ne part pas sur la même base. Toutes les pommes ne se valent pas, certaines sont plus grosses, plus sucrées, ou ont une composition différente. Il y a différentes variétés. Différents pommiers d'une même variété. Et différentes pommes du même pommier.

Mais là où cela devient encore plus complexe, c’est que la mesure des calories est réalisée en laboratoire en brûlant l’aliment pour mesurer l’énergie dégagée.

Or, cette énergie maximale contenue dans l’aliment n’est pas forcément celle que ton corps va absorber réellement.

L’absorption réelle des calories

Nous avons déjà un souci pour déterminer le nombre de calories maximale contenue dans un aliment. Mais ce n'est pas fini. Nous aurons aussi un problème pour déterminer combien de calories sont effectivement assimilées !

  • État hormonal : Le stress, l’insuline, et d’autres hormones influencent la digestion et le métabolisme.
  • Flore intestinale : La composition de ta microbiote intestinale peut modifier l’absorption des nutriments.
  • Mode de préparation des aliments : La cuisson, la mastication, et le mélange des aliments impactent la biodisponibilité des calories.
  • État de santé général : Certaines conditions médicales peuvent altérer la digestion.

En conséquence, il est possible que la quantité réelle d’énergie absorbée varie de façon significative, parfois jusqu’à 50% d’écart par rapport à la valeur initiale estimée. Cela signifie que même si tu comptes tes calories de manière rigoureuse, tu joues avec des chiffres qui peuvent être très éloignés de la réalité.

Le comptage des calories sortantes

Pour établir une balance énergétique correcte, il faut non seulement connaître les calories entrantes, mais aussi les calories sortantes, c’est-à-dire la dépense énergétique quotidienne. Or, là aussi, la mesure est très approximative.

Il y a déjà le métabolisme de base, très difficile à mesurer, qui varie selon l’âge, le sexe, la masse musculaire, etc. Même si tu as pu le mesurer une fois, il va varier en fonctions des circonstances, du niveau de stress, de ton état de forme du moment.

La dépense totale va dépendre de l’activité physique, qui peut être très variable d’un jour à l’autre.

Mais il y a des outils pour mesurer tout ça, n'est-ce pas ?

Oui, mais ces outils, comme les montres connectées ou les applications, ne font souvent qu’estimer la dépense via la fréquence cardiaque ou les mouvements détectés. Ce n'est pas une méthode fiable. Pour un même rythme cardiaque, selon l'activité, la dépense peut être très différente. On reste donc dans le domaine des estimations et des ordres de grandeur.

Ces estimations peuvent comporter des erreurs bien supérieures à 50%, ce qui rend la balance énergétique calculée encore moins fiable.

En résumé, on va mesurer précisément des valeurs à l'entrée et à la sortie qui peuvent présenter plus de 50% d'erreur ) chaque étape. Pas top pour un comptage précis...

Les conséquences du comptage obsessionnel des calories

Quand on additionne les imprécisions du comptage des calories entrantes et sortantes, on comprend que ce système n’est pas fiable pour la majorité des personnes. Pourtant, beaucoup s’y accrochent, pensant que c’est la clé du succès. Mais cette cette obsession peut être nuisible.

L'illusion de contrôle

Compter les calories donne l’impression d’avoir un contrôle total sur son alimentation et son poids, mais c’est une illusion. Tu bases tes décisions sur des données erronées, ce qui peut provoquer frustration et découragement quand les résultats ne suivent pas.

Se focaliser sur les chiffres empêche souvent de se concentrer sur ce qui compte vraiment. Ces habitudes tourneront autour de la qualité de l’alimentation, la régularité des repas, l'organisation des repas, le remplissage de l'assiette, la gestion du stress, l’activité physique...

Chaque petite habitude viendra améliorer naturellement la balance énergétique, sans avoir besoin de compter les calories. Ces habitudes, bien plus que le comptage, sont les véritables leviers du succès durable.

Un risque de comportement obsessionnel et anxiogène

Le traquage des calories peut devenir une source de stress, d’anxiété, voire de troubles alimentaires. Passer son temps à calculer, peser, enregistrer chaque bouchée nuit à la relation naturelle et plaisante avec la nourriture. Même sans rentrer dans l'orthorexie, traiter la nourriture de manière purement comptable et utilitaire élimine l'aspect plaisir et le coté social des repas.

Il y aussi un risque de développer des troubles alimentaires, ce qu iva à l'encontre de nos objectifs initiaux.

Quelle alternative au comptage des calories ?

Alors, si compter les calories ne sert à rien pour la plupart d’entre nous, que faire ? La réponse est simple : revenir à l’essentiel, c’est-à-dire adopter des habitudes alimentaires saines et durables, petit à petit. Chaque petite habitude vient s'ajouter à une précédente. On est loin de la perfection mais on va dans la bonne direction.

Se concentrer sur la qualité des aliments

Plutôt que de chercher à réduire ou augmenter des calories, privilégie :

  • Les aliments non transformés ou peu transformés
  • Les fruits et légumes frais
  • Les sources de protéines de qualité
  • Les bonnes graisses (huile d’olive, avocat, noix, etc.)
  • Limiter le sucre ajouté et les aliments ultra-transformés

Ces choix alimentaires favorisent naturellement un meilleur équilibre énergétique et une satiété plus durable, sans avoir besoin de compter. Evidemment, on ne met pas tout en place d'un coup. On ne passe pas d'une alimentation désordonnée à la perfection d'un coup. Mais on y va petit à petit, habitude apr habitude. 

Écouter son corps et ses sensations

Apprends à reconnaître la faim réelle et la satiété. Mange quand tu as faim, arrête-toi quand tu es rassasié. Cela demande un peu de pratique, mais c’est une compétence essentielle pour maintenir un poids stable sans contrainte. Là aussi, cela se fait avec des habitudes. Par exemple, lors des coachings, on travaille à ralentir les repas, avec de petites techniques simples. Par exemple, on va poser la fourchette après chaque bouchée. Cela va naturellement ralentir le repas, permettre plus de temps de mastication, et laisser au corps la possibilité de ressentir la satiété. On ne compte rien, mais on consomme quand même moins.

Changer ses habitudes alimentaires est un processus progressif. Par exemple, pour améliorer le petit déjeuner café au lait sucré + croissant, on ne va pas passer au thé verts avec des oeufs directement.

On va d'abord supprimer le sucre. Ou le lait. En gardant le croissant. Puis on va passer à une autre étape.

On n'arrivera peut-être jamais au thé vert, mais on aura amélioré le petit déjeuner habitude par habitude.

Cela fonctionne de la même manière avec le reste : ajouter une portion de légumes à son repas, boire un verre d’eau toutes les heures, manger sans distractions... Chaque habitude est choisie selon le contexte. Elle est différente pour chacun et au fil du temps.

C'est d'ailleurs l'intérêt des coachings : on étudie ça ensemble, il n'y a pas un modèle unique pour tous !

Ces petits changements ont un impact bien plus grand sur la gestion du poids que le comptage (illusoirement) précis des calories.

Dans quels cas le comptage des calories peut-il être utile ?

Je ne dis pas que le comptage des calories est toujours inutile. Il peut être pertinent dans certaines situations très spécifiques : pour les athlètes de haut niveau qui doivent atteindre un poids précis pour une compétition, ou bien lorsqu’un suivi médical ou nutritionnel strict est nécessaire

Mais dans ces cas, le comptage doit être fait avec rigueur, en s’appuyant sur des professionnels de santé et en tenant compte des nombreuses variables évoquées plus haut.

Pour la plupart d’entre nous, arrêter de traquer les calories est un véritable soulagement. Le comptage précis est une illusion qui repose sur des données imprécises, et qui ne prend pas en compte la complexité du corps humain, de la digestion, et de notre vie quotidienne.

Alors, si tu veux vraiment réussir à contrôler ton poids, arrête de traquer tes calories et concentre-toi sur ce qui compte : bien manger, bouger, et prendre soin de toi.

Résumé des points clés à retenir

  1. La balance énergétique est une réalité physique, mais les mesures précises des calories entrantes et sortantes sont très approximatives.
  2. Les calories indiquées dans les bases de données sont des estimations qui peuvent varier de 50% selon les aliments et les individus.
  3. Le comptage des calories peut créer une illusion de contrôle, mais ne reflète pas la réalité physiologique.
  4. Pour la majorité des personnes, il est préférable d’adopter des habitudes alimentaires saines plutôt que de compter les calories.
  5. Le comptage des calories peut être utile uniquement pour les athlètes de haut niveau ou dans un cadre médical.
  6. La clé du succès réside dans la simplicité et la régularité des bonnes pratiques.

Pour aller plus loin : conseils pratiques pour changer ses habitudes

  • Commence par un petit changement à la fois, comme réduire le sucre dans tes boissons ou ajouter un légume à un repas.
  • Privilégie les repas faits maison pour mieux contrôler la qualité des ingrédients.
  • Fais attention à la qualité de ton sommeil et à la gestion du stress, qui influencent aussi la gestion du poids.
  • Intègre une activité physique régulière adaptée à tes goûts et à ton rythme.
  • Sois patient : le changement durable prend du temps.

Libère-toi de l’obsession du comptage des calories et retrouve une relation sereine avec ton alimentation et ton corps.

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About the author 

jef

Jean-François "jef" Lopez accompagne depuis 2016 des cadres et dirigeants occupés sur le chemin de la forme durable.
Ancien sportif autour de la vingtaine, devenu gros, faible et complètement hors de forme autour de la trentaine, Jean-François a décidé de réagir et de retrouver la forme.
Lors de cette quête, il a été amené à changer son approche de la remise en forme.
De nombreuses rencontres avec les meilleurs instructeurs de la planète, dont Pavel Tsatsouline, l'ont en effet convaincu que le paradigme de la souffrance et de l'effort démesuré n'était pas le plus adapté pour durer. C'est comme cela qu'est né le concept de "forme durable".
En plus de son expérience personnelle, Il se forme continuellement, et est ainsi devenu instructeur certifié StrongFirst Elite (SFG2, SFB, SFL), spécialiste du mouvement fonctionnel et de la souplesse (FMS2, FCS, YBT, Flexible steel niveau 2), expert en respiration (instructeur avancé Oxygen advantage, praticien Buteyko) et coach en nutrition (PN).
Il est également détenteur d'une certification d'entraîneur personnel (ACE-PT, accrédité par la NCCA) et inscrit au registre européen des professionnels du sport EREPS.

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